L’Afrique du Sud à la veille de la révolution

 

par Franz J.T. Lee

 

Article dans
“Rencontres Méditerranéennes”, No. 9, Rome, Octobre 1963


Pandemonium Electronic Publications, Mérida, Venezuela, 1999


Historique

 

En 1820 déjà, les Boers et les colons britanniques se disputaient la conquête et l’exploitation de l’Afrique du Sud. Ils représentaient respectivement une économie féodale et une économie capitaliste. Mais la découverte de l’or et des diamants dans la deuxième partie du dix‑neuvième siècle devait donner l’essor à l’industrialisation. Dès lors, l’impérialisme britannique ne prit plus la peine de faire accroire qu’il respectait les petites républiques Boers et les tribus africaines indépendantes. Pour se développer, le capitalisme avait absolument besoin d’une économie sudafricaine unifiée. Il fallut donc soumettre par la force Africains et Boers. Les guerres des Boers furent donc la conséquence logique de cette décision.

 

Toutefois, les Anglais se rendirent bientôt compte que les Boers leur étaient indispensables pour surveiller l’énorme potentiel de main d’oeuvre que constituaient ces millions de Noirs et pour garder les investissements de l’impérialisme britannique. Par l’Act of Union du 31 mai 1910 les Boers se virent placés sur un pied d’égalité avec les Anglais et gouvernèrent avec eux l’Afrique du Sud. Pour s’assurer l’appui Boer, on créa un système électoral faisant pencher la balance en leur faveur, c’est‑à‑dire en faveur des propriétaires terriens. Le nombre de leurs représentants au Parlement était bien supérieur à celui auquel leur donnait droit leur puissance économique. Mais les impérialistes britanniques prirent soin d’équilibrer les plateaux de la balance en accordant un droit de vote limité aux Africains et hommes de couleur de la province du Cap. En fait, le maître indiscuté de l’Union était la Chambre minière. Toute l’économie de l’Union reposait sur l’industrie minière et dépendait de l’emploi d’une main d’oeuvre africaine à bon marché.

 

Après la déclaration de guerre de 1914, les Boers se révoltèrent mais furent rapidement écrasés. Par la suite, ils réalisèrent de plus en plus les avantages d’appartenir à une économie rattachée au capitalisme mondial. Les riches propriétaires terriens investirent leurs bénéfices dans des affaires industrielles. Ce fut le mariage politique Herzog‑Smuts, la liaison des capitaux britanniques et Boers. Désormais on n’avait plus besoin des Africains pour servir de rempart contre les Boers du Nord. Ils perdirent le droit de vote comme le perdirent quelques années plus tard les gens de couleur. La seule puissance politique et économique qui restât fut la Chambre minière.

 

En dépit des sollicitations, le Dr. Malan refusa de servir la politique inaugurée par l’application du Pacte Herzog‑Smuts. Il fit bande à part et chercha l’appui des petits propriétaires terriens, des cheminots, des hommes d’affaires et des intellectuels, des petits bourgeois afrikanders. Coincés entre la riche bourgeoisie et la classe ouvrière, ils forment une classe instable et susceptible d’être facilement contaminée en raison de la position précaire qu’elle occupe dans la société.

 

Malan fit alors appel aux passions racistes d’un groupe de fanatiques qui s’étaient mis en tête de sauver les Boers. Le nationalisme afrikander était né. Il se fixa pour tâche de pénétrer toutes les sphères de la vie publique, y compris tous les ministères.

 

Lorsqu’éclata la seconde guerre mondiale, les Afrikanders, persuadés qu’Hitler en devait sortir le grand vainqueur, prirent position contre l’impérialisme britannique. Au beau milieu de la guerre, l’Afrique du Sud dut faire face à une crise économique; les hommes d’affaires afrikanders mirent alors des fonds à la disposition du parti. L’«Afrikander Broederbond», solidement organisé, étendait ses ramifications partout et avait des hommes à lui dans les postes‑clef, prêts à agir lors des élections. Ce fut le parti nationaliste de Malan qui l’emporta aux élections de 1948. Pour la première fois, le parti nationaliste eut un de ses membres premier ministre en la personne de Malan.

 

La grosse bourgeoisie, par un curieux phénomène, se trouva représentée ainsi par une minorité dans un Parlement de sa création. Dès lors, l’Afrique du Sud fut dirigée par la petite bourgeoisie. Il fallut donc ‑ deuxième étape ‑ se débarrasser de Malan. Il n’appartenait pas au Broederbond. Strijdom qui en était membre, lui, devait lui succéder. Puis, à la mort de Strijdom, le Broederbond choisit pour chef le Dr. Verwoerd en 1958. Mais Verwoerd non plus n’est pas le porte‑parole de tout son parti, divisé par des intérêts de classe. En général, une économie capitaliste prospère dans une démocratie bourgeoise, puisqu’elle lui assure toujours un maximum de liberté. La bourgeoisie évite d’avoir recours aux méthodes fascistes qui ne reculent pas devant l’emploi de la force et obligent à entretenir une armée coûteuse. Sharpville et tous les événements successifs virent les intérêts de la grosse finance, représentée par le Parti Progressiste, le Parti Libéral et jusqu’à un certain point le Parti Uni aux fortes tendances afrikanders, se heurter aux intérêts de la petite bourgeoisie.

 

L’opinion mondiale jugeait que les méthodes employées par Verwoerd contre les peuples opprimés d’Afrique étaient si dures et inflexibles qu’à un moment donné un soulèvement social se produirait. On le chassa donc à coups de pied du Commonwealth en 1960. Il revint et exigea sur‑le‑champ la république. Le 31 mai 1961 vit donc la naissance de la République Sud‑Africaine. Cela fait, Verwoerd appela les électeurs aux urnes, deux an avant la date fixée par la loi. Il lui fallait renforcer sa position. Les Afrikanders se tenaient debout, l’arme à la main, prêts à toute éventualité.

 

 


Le peuple africain pour la démocratie, la liberté, l’égalité et la justice

 

Pour lutter contre une loi aussi injuste que l’Act of Union, le Congrès National Africain (A.N.C.) fut fondé en 1912: il se proposait d’unir tous les Africains opprimés. En janvier 1919, l’Union des Travailleurs du Commerce et de l’Industrie (I.C.U.) fut formée par les Africains du Cap. En 1923, trois mesures de répression, représentées par les lois sur les superficies urbaines (The Urban Areas Act), sur les gens de couleur (The Colour Bar Act), sur l’administration indigène (The Native Administration Act) furent adoptées et maintinrent les Africains dans l’état de simples ilotes. L’Union des Travailleurs de l’Industrie et du Commerce comptait plus de 100.000 membres inscrits en 1926, mais sa rivalité avec l’I.C.U. entraîna le déclin de ces deux organisations. Le gouvernement en profita pour faire passer les trois lois Herzog en 1935 sur les terres réservées aux indigènes (The Native Trust and Land Act), sur la représentation des indigènes (The Native Representation Act) et sur l’amendement aux zones urbaines (The Urban Areas Amendment): toutes trois avaient pour but de priver l’Africain de ses droits de citoyen, de le déposséder de terres le plus possible, d’enrégimenter une main d’oeuvre à bon marché et l’empêcher de vendre son travail au plus offrant. Ces lois forcèrent les Africains en 1936 à fondre leurs organisations qui s’émiettaient en formant une Union de tous les Africains (All African Convention) ou A.A.C.

 

Le 16 décembre 1943, cette Union tint une assemblée à Bloemfontein qui donna naissance au Mouvement d’Unité des Non‑Européens (Non European Unie Movement). Le programme en dix points allait constituer la base de la lutte des peuples opprimés pour la liberté, l’égalité et la justice. Elle réclamait le suffrage universel, l’instruction obligatoire, libre et égale pour tous; l’inviolabilité des personnes; la liberté de parole, de presse et de réunion; la liberté de mouvement et d’occupation; la pleine égalité des droits pour tous les citoyens; la révision de la question des terres; la révision des codes civil et criminel; la révision du système des impôts et la révision de la législation concernant la main d’oeuvre. On a toujours fait remarquer que le NEUM n’est pas une organisation raciste ni contre les Blancs. Sa politique consiste à refuser de collaborer avec tous organismes d’oppression et d’exploitation ou conseils ministres fantoches. Pratiquement, son action se traduit par le boycottage politique. En raison de ces dix points pleinement acceptés par toutes les démocraties occidentales, des centaines d’individus furent emprisonnés, bannis, torturés et humiliés au cours des années suivantes par la simple application des injustes et sauvages lois sur le sabotage (General Amendment Act) et la censure (Censorship Act), les réunions séditieuses (Riotous Assemblies Act) et la suppression du communisme (Suppression of Communism Act). Toute personne qui élève la voix contre le gouvernement fascisto‑nazi‑afrikander de Verwoerd est qualifié de «communiste». Dans le «Nouveau Dictionnaire Politique Nationaliste», un communiste est une personne qui croit dans la Charte des Nations Unies comme le chef Lutuli ou Patrick Duncan. Un «saboteur» est «un adversaire de l’apartheid qui accomplit un acte illégal pour montrer sa position, toutes actions de ce genre ayant été déclarées illégales» (Ibid). Nous rapportons ci‑dessous les noms de quelques leaders et combattants pour le progrès et la liberté. La plupart d’entre eux sont qualifiés de «communistes», bien qu’ils n’aient jamais quitté l’Afrique du Sud ou n’aient même jamais eu de contact avec les communistes et leur propagande, ou simplement parce qu’ils offrent leur vie, leur bonheur et leur avenir pour la paix du monde, une co‑existence active et l’unité africaine.

 

En recourant à l’imposture et à l’escroquerie politique, le gouvernement réussit à faire plusieurs organisations se détacher du N.E.U.M. Nous citerons à titre d’exemples l’A.N.C. et le Congrès Pan‑Africain ‑ tous deux interdits ‑ The Teachers League of South Africa (T.L.S.A.), The Anti‑Coloured Affairs Department (Anti-C.A.D.) et Cape African Teachers’ Association (C.A.T.A.). Les seules organisations faisant encore partie du N.E.U.M. sont: l’A.A.C., Society of Young Africa (S.O.Y.A.), African Peoples’ Democratic Union of Southern Africa (A.P.D.U.S.A.) et Cape Peninsula Students Union (C.P.S.U.). Celles qui se sont détachées conservent encore les idées et les objectifs du Mouvement pour l’Unité. Elles n’en diffèrent que sur des problèmes de second ordre, par exemple, sur la collaboration. L’organisation des Peuples Africains du Sud‑Ouest (The South West African Peoples’ Organisation ou S.W.A.P.O.) a adopté la politique du N.E.U.M. et a uni ses efforts aux siens dans la lutte contre l’exploitation et l’oppression pour l’Unité africaine. Des organisations similaires au Basoutoland, au Swaziland et au Bechouanaland sont unies par la base dans leur lutte pour la liberté. Par ailleurs, les oppresseurs aussi sont en train d’unir leur efforts et causent de graves dommages aux peuples d’Afrique du Sud qu’ils tiennent sous leur botte. Bien que plus de 5.000 combattants pour la liberté aient été arrêtés en Afrique du Sud, il nous suffira de citer quelques noms pour que l’on voie quel genre d’hommes sont ainsi ignominieusement traités de criminels.

 

 

Alie Fataar

 

Mr. Fataar est bien connu dans la République pour le rôle de premier plan qu’il joue dans la lutte de libération des non‑Européens. Le 19 septembre 1961, en application de la loi pour la Suppression du Communisme, Me sentence du tribunal lui interdisait d’assister à toute espèce de réunion pendant une période de cinq ans. Professeur à l’école secondaire Livingstone du Cap, une des institutions avancées de l’Afrique du Sud, il est l’un des fondateurs du N.E.U.M. Il a déployé son activité dans presque toutes les organisations pour la défense des peuples opprimés. Actuellement, il est encore président d’A.P.D.U.S.A. qui a été créée en 1960 pour unir et instruire les paysans et la classe ouvrière de leurs droits et devoirs politiques et sociaux. «The Voice of the Nation» (journal sud‑africain officiellement reconnu) écrivait en date du 18 octobre 1961: «Le Mouvement regrettera son activité et son énergie indomptable. Tout le monde sait qu’en dépit de toutes les interdictions Mr. Fataar ne pliera jamais la tête et ne se laissera nullement intimider».

 

 

Jane Gool

 

Mademoiselle Jane Gool est membre fondateur de l’A.A.C. aussi bien que du N.E.U.M., de l’Anti‑C.A.D., C.P.S.U. et A.P.D.U.S.A. Le 16 octobre 1961, en application de la loi pour la Suppression du Communisme, il lui a été interdit de prendre part à des réunions publiques. Depuis 1935 elle a voué sa vie à la lutte de libération. On ne pourra jamais savoir à quel point elle a contribué à former les structures de la pensée politique. «La lutte de libération se confond pour elle avec la lutte pour la vie, pour l’essence même de la vie. Personne ne pourra oublier la lutte qu’elle a menée, souvent toute seule, à l’intérieur comme à l’extérieur du N.E.U.M. L’Histoire ne l’oubliera certainement pas !» The Voice of the Nation, 16 octobre 1961.

 

 

I.B. Tabata

 

Tabata est l’un des plus anciens et des plus aimés leaders du N.E.U.M. Il a été le principal meneur de la lutte de libération dans ses moments les plus difficiles et les plus sombres. Il est l’auteur de: «The Awakening of a people», e Education for Barbarism», «The Boycott», «The Rehabilitation Scheme ‑ A new Fraud» et de quelques centaines d’autres opuscules, circulaires, articles et pamphlets. Il a été emprisonné, mis au ban de la nation, persécuté, torturé et molesté nombre de fois, mais cela n’a jamais détruit son espoir de voir un jour l’Afrique du Sud enfin libérée. Actuellement, s’il n’est plus au ban de la nation, la police continue à le pourchasser. Personne ne sait, à l’exception peut‑être de quelques‑uns, où il se trouve en ce moment. Il lui faut échapper à ce qu’il a appelé «la sauvagerie et la barbarie afrikander».

 

 

Kenneth G. Abrahams

 

Agé de 27 ans, le Dr. Kenneth G. Abrahams a passé brillamment ses examens à l’Université du Cap. Pour défendre la cause des opprimés de l’Afrique du Sud et du Sud‑Ouest, il n’a pas craint de risquer sa vie, celle de sa femme et de ses deux enfants et les biens qu’il possédait. Lorsque le Dr. Neville Alexander (voir ci‑dessous) fut arrêté, il organisa une manifestation de protestation pour obtenir qu’il fût relâché. Toute la presse, à la solde des Afrikanders, répondit en réclamant son arrestation en application de la loi pour la suppression du communisme. La police de l’Afrique du Sud‑Ouest se mit en devoir de l’arrêter, mais elle trouva en face d’elle une telle opposition de la part des Africains qu’elle dut abandonner son entreprise. Ses compatriotes adressèrent ensuite des télégrammes à l’O.N.U., à Verwoerd et au bloc afro‑asiatique dans lesquels ils avertissaient le gouvernement que s’ils arrêtaient le Dr. Abrahams, un bain de sang s’ensuivrait. Les Afrikanders ne tinrent pas compte de cet avertissement et l’arrêtèrent plus tard.

 

 

Neville E. Alexander

 

Appartenant aussi à cette phalange de jeunes ‑ il a 27 ans ‑ le Prof. Alexander s’est courageusement engagé dans la lutte pour l’égalité, la justice et la liberté. A l’âge de 17 ans, il s’inscrivit à l’Université du Cap et y passa avec distinction ses examens de licenceès lettres. Il poursuivit ses études en se spécialisant en Histoire et en Allemand. Ses hautes qualités lui valurent de recevoir en 1958 une bourse d’études de «l’Alexander Von Humboldt Stiftung» pour lui permettre de continuer ses études à l’Université de Tübingen. En février 1961, présenté par le Professeur Beibner, il passa son doctorat en philosophie avec les félicitations du jury et la mention TRÈS BIEN. Par la suite, plusieurs chaires de philosophie lui furent offertes en Grande‑Bretagne et au Tanganyjka. Il refusa pour courir au secours de ses compatriotes opprimés. On lui offrit alors une chaire de professeur à Western Cape Coloured University College, Bellville, mais en raison de son opposition à la politique raciale de l’Afrique du Sud, il refusa ce poste également. Il préféra accepter un traitement inférieur d’environ 100 R. dans une école secondaire ordinaire, Livingstone High School. Lorsque les étudiants, au nombre de 500, élevèrent une protestation contre la mise au ban de la nation de trois professeurs de Livingstone, le journal «The Voice of the Nation» du 18 octobre rapporta l’épisode en ces termes: «Mrs. O. Abrahams, épouse du Prof. Abrahams, a lancé un appel aux parents et aux professeurs, les invitant à s’unir pour lutter contre une éducation contraire au progrès. Le Prof. N. Alexander a déclaré que l’Afrique du Sud n’est pas le premier pays à se servir de l’éducation pour régler une crise économique. L’Allemagne en 1933 avait fait de même. Hitler disait: «Si on veut dominer un peuple, il faut s’emparer de son système d’éducation». Aux environs du 8 juillet 1963, le Prof. Alexander a été arrêté à son domicile pour «ses menées subversives » en application de la loi «No‑Trial‑90 days Detention». En fait, le gouvernement veut emprisonner tous les Africains conscients et instruits, même s’ils ne jouent pas un rôle politique actif. Le Prof. Alexander était très aimé en Allemagne, en Europe et en Afrique du Sud. Tous ceux qui s’intéressent sincèrement à l’avenir de l’humanité et cherchent une vie meilleure et un avenir plus heureux pour elle, doivent aider ces jeunes gens qui luttent pour faire régner la paix, la justice et l’ordre dans le monde. Dans le cas présent, il est nécessaire de payer des cautions pour obtenir la mise en liberté de ces gens courageux dont nous avons tant besoin. Il nous faut donc tous leur venir en aide.

 

 

Le terrorisme dans la république

 

En 1962, à la liste croissante des mesures fascistes vinrent s’ajouter les lois sur le Sabotage et la Censure. Dans The Cape Argus du 12 mai 1962, les dispositions de ces lois étaient rapportées comme suit:

 

«Le sabotage comprend les blessures, les dommages, la destruction, la mise hors d’usage ou de service, l’obstruction, l’altération, la pollution, la contamination ou la mise en danger de:

 

a)    la santé ou la sécurité publique;

b)    la loi et l’ordre;

c)    l’approvisionnement en eau;

d)    les provisions ou la distribution de lumière, d’énergie, combustibles, produits alimentaires, eau, services sanitaires et médicaux, d’extinction d’incendie;

e)    les services ou installations des P.T. ou de radio;

f)      la libre circulation sur terre, sur mer ou dans les airs;

g)    toute propriété.

 

Toute personne accusée de sabotage est tenue de prouver son innocence; ce n’est plus à l’Etat qu’il incombe de prouver sa culpabilité. «Tous les procès doivent avoir lieu devant un juge de la Cour Suprême sans jury». (Ibid). En résumé, le sabotage, à l’instar de la trahison, est devenu un crime capital. Vorster peut gâcher la vie d’un homme sans même le traduire devant aucun tribunal pour une inculpation quelconque, le sabotage entraînant au minimum 5 ans de prison et au maximum la peine de mort. Un perpétuel état d’alarme règne dans le pays. L’horreur, la crainte et la terreur sont partout. A plusieurs reprises, les Africains en Afrique du Sud ont été accusés de terrorisme et de racisme vis‑à‑vis des Blancs. Mais qui sont donc les terroristes? Des milliers d’Africains subissent quotidiennement des violences de la part des agents du gouvernement, dans les fermes des Blancs, dans les mines, dans les usines et dans leurs foyers. A l’heure actuelle on arrête, on emprisonne et on torture des centaines d’entre eux. Voici quelques exemples de terrorisme enregistrés dans un passé récent:

 

1) les fusillades de Sharpeville et Langa. Soixante‑douze Africains sans armes furent fauchés par la police dans un massacre qui révolta le monde entier;

 

2) les événements du 4 avril 1960 lorsque la police sud‑africaine roua de coups les Noirs: hommes, femmes et enfants qu’ils virent dans les rues ce jour‑là;

 

3) le viol de femmes et de jeunes filles africaines par la police et les forces armées dans le Pondoland en 1960;

 

4) le passage à tabac d’hommes et de femmes au tribunal du chef Kaiser Matanzima. Matanzima, le plus détesté de tous les chefs devait être placé à la tête du futur Etat fantoche «indépendant» du Transkei;

 

5) la torture de Mangahso Robert Sobukwe et d’autres Noirs en prison. Sobukwe, âgé de 38 ans, était le leader du P.A.C. (voir «Black Star» vol. I, n. 1, mai 1963).

 

On pourrait citer des centaines d’autres cas, mais ceux que nous venons d’énumérer suffisent pour prouver à quel point les Africains ont besoin d’aide pour échapper à la tyrannie afrikander. Bien que le colonel Van der Berg pense avoir coupé court à la révolte par l’arrestation de 5.000 meneurs, il y a cependant un bien plus grand nombre de facteurs économiques, sociaux, historiques et politiques qui occasionneront un bouleversement radical de la société. Les Africains ne cèdent pas. Ils n’ont rien à perdre, si ce n’est peut‑être, les chaînes et les liens de leur esclavage. Il faut nous engager dans la lutte pour empêcher les massacres, les bains de sang, le terrorisme et le chaos. Les Africains expriment leur reconnaissance aux pays qui boycottent la République Sud‑Africaine. L’Histoire conservera le souvenir de tout ce que nous aurons fait pour aider à assurer un avenir de paix et de bonnes relations.

 

 

Le régime de Verwoerd

 

Là où le capitalisme doit affronter une crise aiguë, il tend à la dictature totalitaire. Mais un régime totalitaire de type fasciste comme celui de Verwoerd en Afrique du Sud, est en outre très instable. Ce genre de régime ne peut avoir qu’une existence temporaire et transitoire. La dictature ouverte de Verwoerd est le symptôme même d’une crise sociale intense et profonde. La société ne peut supporter en permanence un état de crise et le «Herrenvolk» ne peut perpétuer à l’infini les contradictions sociales de sa République «Des Blancs».

 

Tel un «tigre blessé», la classe dirigeante devient plus désespérée et plus violente au fur et à mesure que la terreur qu’elle exerce mène à sa propre négation. Le «Sabotage Act» et le «Censorship Act» (1962), la «Clause des 90 jours» (1963) du «décret sur l’amendement de la Loi Générale» ‑ qui autorise l’emploi de la torture en vue d’obtenir des aveux de la part des détenus ‑ l’usage ouvert de la force et le maintien d’une importante armée improductive, sont tous des signes de la situation précaire et fatale du «Herrenvolk» et de son Etat policier.

 

Avant l’année prochaine, M. Fouché, le ministre de la Défense, espère mettre sur pied une armée de 140.000 hommes. Par l’entraînement obligatoire de la jeunesse d’origine européenne, à partir de l’âge de 16 ans et l’obligation au service de la défense de tous les hommes blancs valides, ce nombre pourra être porté à 350.000 dans le cas d’une révolte nationale. En 1962, la République a dépensé 670.000 D.M., c’est‑à‑dire 67% de plus que l’année précédente pour la défense et pour d’autres fins militaires. L’année en cours, une somme plus considérable encore a été dilapidée: 875.000.000 D.M. Il est de notoriété publique que l’Afrique du Sud n’est pas menacée par une guerre extérieure. En réalité, Verwoerd se prépare à une lutte à mort en Afrique du Sud même. Le «Herrenvolk» a, pour ainsi dire, le doigt sur le pouls de la révolution en marche et il est certainement plus conscient de cette réalité que les Africains eux‑mêmes. Le «Herrenvolk» tremble devant l’insurrection qui approche chaque jour davantage. Toute personne qui possède une vue perspicace ne manquera pas de constater que cette insurrection pourra bien devenir la lutte la plus sanglante pour la liberté, l’égalité, la justice et la paix sur le continent africain. Il est tout à fait possible que toutes les horreurs et toutes les cruautés des révolutions congolaises, algériennes et angolaises prises ensemble ne seront rien en comparaison des massacres à venir. Le peuple opprimé de l’Afrique du Sud ‑ blanc et noir ‑ ne peut qu’espérer que tous les pays qui ont ouvertement condamné le gouvernement Verwoerd, accorderont leur assistance active à prévenir ce bain de sang inutile, cette énorme boucherie humaine, cette guerre civile qui n’aura peutêtre pas de parallèle dans les annales du genre humain.

 

 

La situation nationale

 

Le carnage de Sharpville de 1960 et tous les événements qui l’ont suivi ont été des heurts d’intérêts entre le capital financier et le «Broederbund». Le premier est représenté par la grande bourgeoisie ‑ appuyée par le Parti National, le Parti Libéral et le Parti Progressiste. Le second est représenté par la petite bourgeoisie appuyée par le Parti Nationaliste de Verwoerd. L’Afrique du Sud est gouvernée par la petite bourgeoisie, coincée entre la bourgeoisie et le prolétariat. C’est une classe instable, hystérique, sans principes, exposée aux effets de n’importe quelle propagande mensongère du fait de sa position bâtarde au sein de la société sudafricaine. Nous nous trouvons donc en face d’une grande bourgeoisie qui n’est représentée que par une minorité dans son propre parlement. Même les Afrikanders sont divisés par des intérêts de classe. Verwoerd lui‑même ne représente pas à proprement parler la voix de l’ensemble de son propre parti. Son principal appui lui vient de la section du «Broederbund» du Parti Nationaliste. Mais le Parti dit Unifié tend également à le soutenir depuis quelque temps. Les membres du «Broederbund» sont les représentants dévoués et fanatiques de l’apartheid, de la ségrégation, de la discrimination raciale et du système des «Bantoustans».

 

En général, le progrès et la puissance de l’économie d’un pays peuvent être, mesurés par l’accroissement de son revenu national. On compte aujourd’hui trois industries principales en Afrique du Sud: l’agriculture, les mines et l’industrie des produits manufacturés. Les autres industries secondaires dépendent d’une manière ou d’une autre de ces trois industries‑clefs. Toutefois, l’industrie des produits manufacturés contribue plus au revenu national que les autres prises ensemble. Depuis peu de temps, ce secteur de l’industrie est en déficit pour ce qui est du bilan du commerce extérieur. Cela est dû à la situation intérieure, aussi bien politique, sociale et économique qu’au boycott extérieur des marchandises et du commerce sud‑africains. A l’intérieur du pays, l’industrie des produits manufacturés produit le revenu national qui est monopolisé et exproprié par les Blancs et notamment pour couvrir les charges très élevées des honoraires ministériels, du renforcement de l’apartheid, de la constitution et du maintien des «Bantoustans» ainsi que d’une armée et d’une marine très nombreuses. Les résultats nets et les conséquences indiscutables de cet état de choses, c’est que les 15.000.000 d’Africains ‑ qui supportent toute l’économie du pays ‑ sont exploités, opprimés, objets de la répression et victimes de la dépression, chaque jour plus drastiquement traités, c’est que la politique de l’apartheid devient une affaire de plus en plus coûteuse et plus outrancière qui vide littéralement les caisses de l’Etat, c’est que le capitalisme étranger refuse d’investir des capitaux dans un pays qui est sur le seuil d’une guerre civile. Mais ce pays cherche précisément à se libérer des maux du néocolonialisme et de l’impérialisme à son stade ultime qui lui, a fait son entrée sur la scène africaine «dégouttant de sang et de boue de la tête aux pieds». Bientôt, l’Afrique du Sud aura à faire face à la banqueroute.

 

 

Le Waterloo de Verwoerd

 

Etant donné que 50% de la main‑d’oeuvre de l’industrie des mines d’or provient du Mozambique, du Nyassaland, du Swaziland, du Basoutoland, du Tanganyika, de la Rhodésie du Sud et en partie même du Bechouanaland et de l’Angola, il devient évident que la perte de cette main‑d’oeuvre à bon marché signifierait le commencement de la fin, le «Waterloo» de Verwoerd. Un Etat africain après l’autre rejette les chaînes du néo‑colonialisme. Les puissantes vagues révolutionnaires de la liberté en Afrique viennent déjà se briser aux frontières de la République des Blancs d’Afrique du Sud qui est bordée à l’Ouest, au Sud, et à l’Est par les immenses Océans Atlantique et Indien. On peut dire sans doute «que seul ce qui est le plus adapté, le plus en accord avec les exigences et les tendances du vingtième siècle, peut et doit survivre». Par la révolte dans l’Angola et le Mozambique contre l’ultra‑colonialisme portugais, le danger que court le «Herrenvolk» est devenu une réalité palpable. La débâcle de l’économie nationale sera le coup de grâce pour l’idéologie du «Herrenvolk», de l’apartheid et du «baasskap» (1).

 


La démocratie, comprise dans son sens véritable, poussée jusqu’à sa conclusion logique, décidera alors de l’ordre du jour.

 

Et toutefois, les récentes arrestations en masse de plus de 6.000 leaders et membres dirigeants des différentes organisations démocratiques et socialistes du peuple ‑ N.E.U.M., P.A.C., A.N.C., etc. ‑ dans l’Afrique du Sud opprimée, ont représenté un coup très dur contre le Mouvement de la Résistance. Les Africains ont à faire face maintenant à un Etat fasciste organisé, disposant d’une machine d’Etat d’oppression et d’exploitation bien huilée, construite depuis des années, ses laquais n’ayant rien omis pour en assurer la plus grande efficacité possible. Le «Herrenvolk» dispose d’un système de propagande efficace ‑ la presse, la radio et les églises du culte du «Herrenvolk», de l’armée et de la marine. Les Africains, de leur côté, sont encore en train de mettre sur pied une machine de libération plus précise, plus efficace et plus pratique en se basant sur les masses opprimées de l’Afrique du Sud privées d’une représentation nationale. Verwoerd et ses fidèles apôtres ‑ les ministres de son cabinet ‑ ont bien vu cette épée de Damoclès au‑dessus de leur tête. Et la preuve en est que M. Vorster a été obligé de frapper un coup aussi brutal en juillet de cette année en brusquant même l’opinion publique mondiale.

 

 

Les victimes de la loi sur le sabotage et de la détention préventive de 90 jours

 

Parmi les «Combattants de la Liberté», comme le Président Julius Nyerere a appelé les «rebelles» d’Afrique du Sud, lots d’une récente interview, se trouvent: le Dr. Neville E. Alexander, le Dr. K.G. Abrahams, Mlle Elisabeth van der Heyden, M. Moosa Moolla et M. Elijah Loza ainsi que M. Walter Sisulu dont l’arrestation a provoqué des manifestations de sympathie de la part de milliers d’étrangers, qui ont ainsi voulu exprimer leur dégoût contre ces actions contraires aux Droits de l’Homme. Le Dr. Alexander est le premier Sud‑Africain à avoir reçu une bourse de la fondation «Alexander von Humboldt» pour ses résultats extraordinaires dans le domaine de la recherche scientifique. Il a pu ainsi poursuivre sa carrière universitaire en Allemagne après l’obtention de son diplôme. Il avait obtenu le titre de Maître ès Sciences avec mention à l’Université de la Cité du Cap. En 1961, il avait obtenu le diplôme de docteur en littérature allemande à l’Université de Tübingen. Il a refusé un poste de Professeur enseignant au «Bush College» pour gens de couleur à l’Université de la Cité du Cap en déclarant qu’il ne pouvait souffrir la politique de discrimination raciale et le système d’éducation du Gouvernement du «Herrenvolk». Le 13 juillet, il a été arrêté pour «activités subversives» en vertu de la «Clause des 90 jours de détention préventive sans procès » et n’a pas été relâché depuis.

 

Le Dr. Abrahams avait également obtenu le diplôme de docteur en médecine avec mention à l’Université de la Cité du Cap. Il avait été membre actif de nombreuses organisations démocratiques d’Afrique du Sud et du Sud‑Ouest en défendant les droits fondamentaux du peuple. A la mi‑juillet, il quitta la Cité du Cap pour Rehobotha en Afrique du Sud‑Ouest, pour y exercer la médecine comme seul médecin des 30.000 habitants africains de ce district. Après l’invasion de sa maison paternelle dans la Cité du Cap, le Gouvernement déclara par la voie de la presse qu’il devait être arrêté en vertu de la loi sur la Suppression des Activités Communistes. Le Conseil du district de Rehobotha refusa de le livrer à la police en précisant qu’il était le seul médecin de cette région et qu’on y était content de ses services. Le Gouvernement craignant une révolte retira son ordre d’arrestation. Le Dr. Abrahams sachant que cette mesure gouvernementale n’était destinée qu’à gagner du temps et ne représentait qu’une supercherie en vue de faciliter sa capture illégale, s’enfuit avec sa femme et ses deux enfants en compagnie de trois autres personnes de couleur dans le protectorat britannique du Bechouanaland. Le 11 août bien qu’ayant obtenu une autorisation de séjour de la police locale, il a été prélevé par une patrouille armée de la police sud‑africaine à 100 km environ à l’intérieur des frontières du protectorat britannique du Bechouanaland. La police sud‑africaine l’a amené devant le magistrat instructeur du district de Gobabis en Afrique du Sud‑Ouest et l’a fait inculper. Ensuite, le Dr. Abrahams a été transporté par un avion militaire sud‑africain à la Cité du Cap où il a été enfermé. Le chef de la police sud‑africaine nie naturellement cet enlèvement illégal malgré les preuves apportées par Mme Abrahams, par les avocats du Dr. Abrahams lui‑même et par d’autres témoins encore. La police prétend, contrairement à la vérité, que le Dr. Abrahams a été arrêté par une patrouille de la police sud‑africaine dans le district de Gobabis. Il s’agit naturellement d’un de ces grossiers mensonges dont le Gouvernement de Verwoerd a l’habitude.

 

Mlle Ehsabeth van den Heyden a été arrêtée dans le but de la forcer à témoigner contre le Dr. Alexander. Elle non plus n’est pas revenue depuis. Bien que cette loi sur la détention préventive sans procès soit limitée à 90 jours de détention, cette période peut être prolongée arbitrairement à l’infini, comme le déclarait cyniquement M. Vorster: «jusqu’à l’éternité au cours de cette existence». Des cas typiques à ce sujet sont ceux de M. Moolla et de M. Loza. La détention du premier a été prolongée mais il a réussi à s’évader le 11 août, en compagnie de trois autres leaders du quartier général de la police de Johannesburg.

 

Jusqu’à présent, ils n’ont pas été repris. Le Gouvernement a interdit toute publication relative à de nouvelles arrestations ou au sujet des conditions de la détention des prisonniers. Vingt‑trois des 53 Africains inculpés devant la cour de Kokstad ont été condamnés à mort. Dans ce cas également, la police a nié les déclarations des accusés quant aux tortures et aux mauvais traitements divers qui leur furent infligés par le moyen de décharges électriques dans le but de leur extorquer des aveux de culpabilité. Après la fuite des quatre Africains des geôles de Johannesburg, leurs femmes ont été arrêtées par la police pour exercer sur elles des représailles. De ces femmes arrêtées et détenues, une était enceinte et a dû être relâchée et renvoyée chez elle quelques heures plus tard. A nouveau, les autorités de police de Verwoerd nient ces faits. Qui donc aimerait habiter dans un pays semblable? Quel espoir, quel avenir, quelle paix pourraient trouver les jeunes, les vieux et les enfants dans un tel régime de terreur fasciste appliquant les mesures nazies comme instrument d’autorité?

 

 

Qui sont les terroristes en Afrique du Sud?

 

La machine à propagande du Gouvernement du «Herrenvolk» répand l’horrible image de sauvages sanguinaires qui ont l’intention de couper les Blancs en petits morceaux et de jeter à la mer ceux qui restent. Le public soumis à ce lavage de cerveau devient victime de l’angoisse et d’une peur malsaine, acceptant ensuite sans critique aucune n’importe quel bobard publicitaire. En attendant, des milliers et des milliers d’Africains de l’Afrique du Sud et du Sud‑Ouest sont soumis jour et nuit à l’arbitraire et aux chicanes des espions gouvernementaux, des Quislings de toute espèce, des agents doubles et des sbirres de la police de Verwoerd, dans les fermes appartenant aux Blancs, dans les mines et dans les palais du «Herrenvolk» où ils sont obligés de trimer comme des esclaves.

 

Les actes de terreur dont la description suit ne sont que quelques‑unes des Manifestations de la sauvagerie ignoble de la «Terreur Blanche» régnant en Afrique du Sud.

 

1) Le carnage de 72 Africains au mois de mars 1960 par les mitrailleuses de la police du «Herrenvolk».

 

2) Les événements du 4 avril 1960 lorsque les forces de police de Verwoerd lynchèrent tous les hommes, femmes et enfants rencontrés ce jour‑là dans les rues. Le «progrom» dit «Mata Todos» déclanché à l’occasion du début de la révolution angolaise à la date du 5 février 1961, a pris exemple chez Verwoerd.

 

3) Le viol des femmes et des jeunes Africaines en 1960 par les forces de police et de l’armée stationnées dans le Ponsoland. N’est‑il pas curieux de constater où mène la politique de l’apartheid et de la ségrégation?

 

4) Le lynchage de femmes africaines dans le «Bushcourt» de Matanzima. Matanzima est appelé à prendre la tête du soi‑disant «Gouvernement Indépendant» de la réserve du Transkei, constituée à la suite de transactions frauduleuses.

 

5) L’incendie criminel des habitations des opposants au Gouvernement de l’Afrique du Sud par Matanzima en 1960. En juillet 1961, ce même Quisling donna l’ordre d’incendier 16 habitations dans le district de «Lady Irène» . Les paysans frappés de cette mesure furent laissés sans toit ni nourriture.

 

6) Tortures et sévices divers infligés au leader du P.A.C., Mangaliso Robert Sobukwe par les autorités pénitencières (voir «Black Star» de mai 1963, p. 2).

 

Si les Africains sont forcés de se défendre et d’employer eux aussi des méthodes de lutte pour faire face à la terreur de Verwoerd, comment les en blâmer? Quiconque vit en Afrique du Sud et est sincèrement désireux de mettre fin aux maux qui affligent ce pauvre pays, peut témoigner et indiquer les véritables initiateurs du terrorisme qui sévit dans ce malheureux pays. Mais personne ne pourra toujours accuser les masses opprimées, trimant et suant, les milliers et millions d’esclaves noirs, d’être à l’origine de la terreur ou d’être des terroristes par nature. Bien au contraire, les Africains reconnaissent que les 3.500.000 de Blancs sont nés et ont été élevés en Afrique et que leurs ancêtres y ont vécu depuis trois siècles au moins et qu’ils n’ont nul autre endroit où aller. Mais ces mêmes Africains savent aussi que ce qu’ils abhorrent chez les «Européens» ce sont leurs méthodes d’exploitation inhumaines et leur système d’oppression. Ils n’oublient pas, par ailleurs, les centaines d’Européens de l’Afrique du Sud qui les aident à se frayer un chemin vers l’Egalité, la Paix et l’Unité. Ils ont besoin des Européens pour l’édification future d’une Afrique libre mais ces mêmes Européens doivent aussi accepter de vivre comme des «Africains», c’est‑à‑dire comme des citoyens d’une «Afrique Unie» où chaque individu jouira des mêmes droits et pourra ainsi apporter sa contribution au bien‑être, à l’avenir et au progrès du genre humain dans son ensemble. Verwoerd et son espèce n’ont pas de place en Afrique! Ils doivent changer ou aller vers leur propre destruction! L’idéologie du «Herrenvolk» a ses heures comptées en Afrique!


 

FRANZ J.T. LEE, né en 1938 en Afrique du Sud, est étudiant à l’Université de Tübingen. Avant de venir en Europe, il s’est livré dans .son pays à une activité intense pour la défense des libertés fondamentales.

 

 

(1) Notons bien qu’il s’agit du pays africain le plus industrialisé où la classe ouvrière blanche bénéficie de salaires très élevés, dépassés peut‑être seulement par les supersalaires des Etats Unis (où pourtant 35 millions d’habitants vivent en‑dessous du minimum vital). On a l’impression qu’il s’agit là d’une rupture avec l’habituel schéma politico‑économique des réserves de maind’oeuvre à bon marché. Il s’ensuit que le capitalisme en Afrique du Sud est peut‑être condamné.