L’Afrique
du Sud à la veille de la révolution
par Franz J.T. Lee
Article dans
“Rencontres Méditerranéennes”, No. 9,
Rome, Octobre 1963
Pandemonium Electronic Publications,
Mérida, Venezuela, 1999
Historique
En
1820 déjà, les Boers et les colons britanniques se disputaient la
conquête et
l’exploitation de l’Afrique du Sud. Ils représentaient respectivement
une
économie féodale et une économie capitaliste. Mais la découverte de
l’or et des
diamants dans la deuxième partie du dix‑neuvième siècle devait donner
l’essor à l’industrialisation. Dès lors, l’impérialisme britannique ne
prit
plus la peine de faire accroire qu’il respectait les petites
républiques Boers
et les tribus africaines indépendantes. Pour se développer, le
capitalisme
avait absolument besoin d’une économie sudafricaine unifiée. Il fallut
donc
soumettre par la force Africains et Boers. Les guerres des Boers furent
donc la
conséquence logique de cette décision.
Toutefois,
les Anglais se rendirent bientôt compte que les Boers leur étaient
indispensables pour surveiller l’énorme potentiel de main d’oeuvre que
constituaient ces millions de Noirs et pour garder les investissements
de
l’impérialisme britannique. Par l’Act of Union du 31 mai 1910 les Boers
se
virent placés sur un pied d’égalité avec les Anglais et gouvernèrent
avec eux
l’Afrique du Sud. Pour s’assurer l’appui Boer, on créa un système
électoral
faisant pencher la balance en leur faveur, c’est‑à‑dire en faveur
des propriétaires terriens. Le nombre de leurs représentants au
Parlement était
bien supérieur à celui auquel leur donnait droit leur puissance
économique.
Mais les impérialistes britanniques prirent soin d’équilibrer les
plateaux de
la balance en accordant un droit de vote limité aux Africains et hommes
de
couleur de la province du Cap. En fait, le maître indiscuté de l’Union
était la
Chambre minière. Toute l’économie de l’Union reposait sur l’industrie
minière
et dépendait de l’emploi d’une main d’oeuvre africaine à bon marché.
Après
la déclaration de guerre de 1914, les Boers se révoltèrent mais furent
rapidement écrasés. Par la suite, ils réalisèrent de plus en plus les
avantages
d’appartenir à une économie rattachée au capitalisme mondial. Les
riches
propriétaires terriens investirent leurs bénéfices dans des affaires
industrielles. Ce fut le mariage politique Herzog‑Smuts, la liaison des
capitaux britanniques et Boers. Désormais on n’avait plus besoin des
Africains
pour servir de rempart contre les Boers du Nord. Ils perdirent le droit
de vote
comme le perdirent quelques années plus tard les gens de couleur. La
seule puissance
politique et économique qui restât fut la Chambre minière.
En
dépit des sollicitations, le Dr. Malan refusa de servir la politique
inaugurée
par l’application du Pacte Herzog‑Smuts. Il fit bande à part et chercha
l’appui des petits propriétaires terriens, des cheminots, des hommes
d’affaires
et des intellectuels, des petits bourgeois afrikanders. Coincés entre
la riche
bourgeoisie et la classe ouvrière, ils forment une classe instable et
susceptible d’être facilement contaminée en raison de la position
précaire
qu’elle occupe dans la société.
Malan
fit alors appel aux passions racistes d’un groupe de fanatiques qui
s’étaient
mis en tête de sauver les Boers. Le nationalisme afrikander était né.
Il se
fixa pour tâche de pénétrer toutes les sphères de la vie publique, y
compris
tous les ministères.
Lorsqu’éclata
la seconde guerre mondiale, les Afrikanders, persuadés qu’Hitler en
devait
sortir le grand vainqueur, prirent position contre l’impérialisme
britannique.
Au beau milieu de la guerre, l’Afrique du Sud dut faire face à une
crise
économique; les hommes d’affaires afrikanders mirent alors des fonds à
la
disposition du parti. L’«Afrikander Broederbond», solidement organisé,
étendait
ses ramifications partout et avait des hommes à lui dans les
postes‑clef,
prêts à agir lors des élections. Ce fut le parti nationaliste de Malan
qui
l’emporta aux élections de 1948. Pour la première fois, le parti
nationaliste
eut un de ses membres premier ministre en la personne de Malan.
La
grosse bourgeoisie, par un curieux phénomène, se trouva représentée
ainsi par
une minorité dans un Parlement de sa création. Dès lors, l’Afrique du
Sud fut
dirigée par la petite bourgeoisie. Il fallut donc ‑ deuxième étape ‑
se débarrasser de Malan. Il n’appartenait pas au Broederbond. Strijdom
qui en
était membre, lui, devait lui succéder. Puis, à la mort de Strijdom, le
Broederbond choisit pour chef le Dr. Verwoerd en 1958. Mais Verwoerd
non plus
n’est pas le porte‑parole de tout son parti, divisé par des intérêts de
classe. En général, une économie capitaliste prospère dans une
démocratie
bourgeoise, puisqu’elle lui assure toujours un maximum de liberté. La
bourgeoisie évite d’avoir recours aux méthodes fascistes qui ne
reculent pas
devant l’emploi de la force et obligent à entretenir une armée
coûteuse.
Sharpville et tous les événements successifs virent les intérêts de la
grosse
finance, représentée par le Parti Progressiste, le Parti Libéral et
jusqu’à un
certain point le Parti Uni aux fortes tendances afrikanders, se heurter
aux intérêts
de la petite bourgeoisie.
L’opinion
mondiale jugeait que les méthodes employées par Verwoerd contre les
peuples
opprimés d’Afrique étaient si dures et inflexibles qu’à un moment donné
un
soulèvement social se produirait. On le chassa donc à coups de pied du
Commonwealth en 1960. Il revint et exigea sur‑le‑champ la
république. Le 31 mai 1961 vit donc la naissance de la République
Sud‑Africaine.
Cela fait, Verwoerd appela les électeurs aux urnes, deux an avant la
date fixée
par la loi. Il lui fallait renforcer sa position. Les Afrikanders se
tenaient
debout, l’arme à la main, prêts à toute éventualité.
Le
peuple africain pour la démocratie, la liberté, l’égalité et la justice
Pour
lutter contre une loi aussi injuste que l’Act of Union, le Congrès
National
Africain (A.N.C.) fut fondé en 1912: il se proposait d’unir tous les
Africains
opprimés. En janvier 1919, l’Union des Travailleurs du Commerce et de
l’Industrie (I.C.U.) fut formée par les Africains du Cap. En 1923,
trois
mesures de répression, représentées par les lois sur les superficies
urbaines
(The Urban Areas Act), sur les gens de couleur (The Colour Bar Act),
sur
l’administration indigène (The Native Administration Act) furent
adoptées et
maintinrent les Africains dans l’état de simples ilotes. L’Union des
Travailleurs de l’Industrie et du Commerce comptait plus de 100.000
membres
inscrits en 1926, mais sa rivalité avec l’I.C.U. entraîna le déclin de
ces deux
organisations. Le gouvernement en profita pour faire passer les trois
lois
Herzog en 1935 sur les terres réservées aux indigènes (The Native Trust
and
Land Act), sur la représentation des indigènes (The Native
Representation Act)
et sur l’amendement aux zones urbaines (The Urban Areas Amendment):
toutes
trois avaient pour but de priver l’Africain de ses droits de citoyen,
de le
déposséder de terres le plus possible, d’enrégimenter une main d’oeuvre
à bon
marché et l’empêcher de vendre son travail au plus offrant. Ces lois
forcèrent
les Africains en 1936 à fondre leurs organisations qui s’émiettaient en
formant
une Union de tous les Africains (All African Convention) ou A.A.C.
Le
16 décembre 1943, cette Union tint une assemblée à Bloemfontein qui
donna
naissance au Mouvement d’Unité des Non‑Européens (Non European Unie
Movement). Le programme en dix points allait constituer la base de la
lutte des
peuples opprimés pour la liberté, l’égalité et la justice. Elle
réclamait le
suffrage universel, l’instruction obligatoire, libre et égale pour
tous;
l’inviolabilité des personnes; la liberté de parole, de presse et de
réunion;
la liberté de mouvement et d’occupation; la pleine égalité des droits
pour tous
les citoyens; la révision de la question des terres; la révision des
codes
civil et criminel; la révision du système des impôts et la révision de
la
législation concernant la main d’oeuvre. On a toujours fait remarquer
que le
NEUM n’est pas une organisation raciste ni contre les Blancs. Sa
politique
consiste à refuser de collaborer avec tous organismes d’oppression et
d’exploitation ou conseils ministres fantoches. Pratiquement, son
action se
traduit par le boycottage politique. En raison de ces dix points
pleinement
acceptés par toutes les démocraties occidentales, des centaines
d’individus
furent emprisonnés, bannis, torturés et humiliés au cours des années
suivantes
par la simple application des injustes et sauvages lois sur le sabotage
(General Amendment Act) et la censure (Censorship Act), les réunions
séditieuses (Riotous Assemblies Act) et la suppression du communisme
(Suppression of Communism Act). Toute personne qui élève la voix contre
le
gouvernement fascisto‑nazi‑afrikander de Verwoerd est qualifié de
«communiste». Dans le «Nouveau Dictionnaire Politique Nationaliste», un
communiste est une personne qui croit dans la Charte des Nations Unies
comme le
chef Lutuli ou Patrick Duncan. Un «saboteur» est «un adversaire de
l’apartheid
qui accomplit un acte illégal pour montrer sa position, toutes actions
de ce
genre ayant été déclarées illégales» (Ibid). Nous rapportons ci‑dessous
les noms de quelques leaders et combattants pour le progrès et la
liberté. La
plupart d’entre eux sont qualifiés de «communistes», bien qu’ils
n’aient jamais
quitté l’Afrique du Sud ou n’aient même jamais eu de contact avec les
communistes et leur propagande, ou simplement parce qu’ils offrent leur
vie,
leur bonheur et leur avenir pour la paix du monde, une co‑existence
active et l’unité africaine.
En
recourant à l’imposture et à l’escroquerie politique, le gouvernement
réussit à
faire plusieurs organisations se détacher du N.E.U.M. Nous citerons à
titre
d’exemples l’A.N.C. et le Congrès Pan‑Africain ‑ tous deux
interdits ‑ The Teachers League of South Africa (T.L.S.A.), The
Anti‑Coloured
Affairs Department (Anti-C.A.D.) et Cape African Teachers’ Association
(C.A.T.A.). Les seules organisations faisant encore partie du N.E.U.M.
sont:
l’A.A.C., Society of Young Africa (S.O.Y.A.), African Peoples’
Democratic Union
of Southern Africa (A.P.D.U.S.A.) et Cape Peninsula Students Union
(C.P.S.U.).
Celles qui se sont détachées conservent encore les idées et les
objectifs du
Mouvement pour l’Unité. Elles n’en diffèrent que sur des problèmes de
second
ordre, par exemple, sur la collaboration. L’organisation des Peuples
Africains
du Sud‑Ouest (The South West African Peoples’ Organisation ou
S.W.A.P.O.)
a adopté la politique du N.E.U.M. et a uni ses efforts aux siens dans
la lutte
contre l’exploitation et l’oppression pour l’Unité africaine. Des
organisations
similaires au Basoutoland, au Swaziland et au Bechouanaland sont unies
par la base
dans leur lutte pour la liberté. Par ailleurs, les oppresseurs aussi
sont en
train d’unir leur efforts et causent de graves dommages aux peuples
d’Afrique
du Sud qu’ils tiennent sous leur botte. Bien que plus de 5.000
combattants pour
la liberté aient été arrêtés en Afrique du Sud, il nous suffira de
citer
quelques noms pour que l’on voie quel genre d’hommes sont ainsi
ignominieusement traités de criminels.
Alie
Fataar
Mr.
Fataar est bien connu dans la République pour le rôle de premier plan
qu’il
joue dans la lutte de libération des non‑Européens. Le 19 septembre
1961,
en application de la loi pour la Suppression du Communisme, Me sentence
du
tribunal lui interdisait d’assister à toute espèce de réunion pendant
une
période de cinq ans. Professeur à l’école secondaire Livingstone du
Cap, une
des institutions avancées de l’Afrique du Sud, il est l’un des
fondateurs du
N.E.U.M. Il a déployé son activité dans presque toutes les
organisations pour
la défense des peuples opprimés. Actuellement, il est encore président
d’A.P.D.U.S.A. qui a été créée en 1960 pour unir et instruire les
paysans et la
classe ouvrière de leurs droits et devoirs politiques et sociaux. «The
Voice of
the Nation» (journal sud‑africain officiellement reconnu) écrivait en
date du 18 octobre 1961: «Le Mouvement regrettera son activité et son
énergie
indomptable. Tout le monde sait qu’en dépit de toutes les interdictions
Mr.
Fataar ne pliera jamais la tête et ne se laissera nullement intimider».
Jane
Gool
Mademoiselle
Jane Gool est membre fondateur de l’A.A.C. aussi bien que du N.E.U.M.,
de
l’Anti‑C.A.D., C.P.S.U. et A.P.D.U.S.A. Le 16 octobre 1961, en
application de la loi pour la Suppression du Communisme, il lui a été
interdit
de prendre part à des réunions publiques. Depuis 1935 elle a voué sa
vie à la
lutte de libération. On ne pourra jamais savoir à quel point elle a
contribué à
former les structures de la pensée politique. «La lutte de libération
se
confond pour elle avec la lutte pour la vie, pour l’essence même de la
vie.
Personne ne pourra oublier la lutte qu’elle a menée, souvent toute
seule, à
l’intérieur comme à l’extérieur du N.E.U.M. L’Histoire ne l’oubliera
certainement pas !» The Voice of the Nation, 16 octobre 1961.
I.B.
Tabata
Tabata
est l’un des plus anciens et des plus aimés leaders du N.E.U.M. Il a
été le
principal meneur de la lutte de libération dans ses moments les plus
difficiles
et les plus sombres. Il est l’auteur de: «The Awakening of a people», e
Education for Barbarism», «The Boycott», «The Rehabilitation Scheme ‑ A
new Fraud» et de quelques centaines d’autres opuscules, circulaires,
articles
et pamphlets. Il a été emprisonné, mis au ban de la nation, persécuté,
torturé
et molesté nombre de fois, mais cela n’a jamais détruit son espoir de
voir un
jour l’Afrique du Sud enfin libérée. Actuellement, s’il n’est plus au
ban de la
nation, la police continue à le pourchasser. Personne ne sait, à
l’exception
peut‑être de quelques‑uns, où il se trouve en ce moment. Il lui
faut échapper à ce qu’il a appelé «la sauvagerie et la barbarie
afrikander».
Kenneth
G. Abrahams
Agé
de 27 ans, le Dr. Kenneth G. Abrahams a passé brillamment ses examens à
l’Université du Cap. Pour défendre la cause des opprimés de l’Afrique
du Sud et
du Sud‑Ouest, il n’a pas craint de risquer sa vie, celle de sa femme et
de ses deux enfants et les biens qu’il possédait. Lorsque le Dr.
Neville
Alexander (voir ci‑dessous) fut arrêté, il organisa une manifestation
de
protestation pour obtenir qu’il fût relâché. Toute la presse, à la
solde des
Afrikanders, répondit en réclamant son arrestation en application de la
loi
pour la suppression du communisme. La police de l’Afrique du Sud‑Ouest
se
mit en devoir de l’arrêter, mais elle trouva en face d’elle une telle
opposition de la part des Africains qu’elle dut abandonner son
entreprise. Ses
compatriotes adressèrent ensuite des télégrammes à l’O.N.U., à Verwoerd
et au
bloc afro‑asiatique dans lesquels ils avertissaient le gouvernement que
s’ils arrêtaient le Dr. Abrahams, un bain de sang s’ensuivrait. Les
Afrikanders
ne tinrent pas compte de cet avertissement et l’arrêtèrent plus tard.
Neville
E. Alexander
Appartenant
aussi à cette phalange de jeunes ‑ il a 27 ans ‑ le Prof. Alexander
s’est courageusement engagé dans la lutte pour l’égalité, la justice et
la
liberté. A l’âge de 17 ans, il s’inscrivit à l’Université du Cap et y
passa
avec distinction ses examens de licenceès lettres. Il poursuivit ses
études en
se spécialisant en Histoire et en Allemand. Ses hautes qualités lui
valurent de
recevoir en 1958 une bourse d’études de «l’Alexander Von Humboldt
Stiftung»
pour lui permettre de continuer ses études à l’Université de Tübingen.
En
février 1961, présenté par le Professeur Beibner, il passa son doctorat
en
philosophie avec les félicitations du jury et la mention TRÈS BIEN. Par
la
suite, plusieurs chaires de philosophie lui furent offertes en
Grande‑Bretagne
et au Tanganyjka. Il refusa pour courir au secours de ses compatriotes
opprimés. On lui offrit alors une chaire de professeur à Western Cape
Coloured
University College, Bellville, mais en raison de son opposition à la
politique
raciale de l’Afrique du Sud, il refusa ce poste également. Il préféra
accepter
un traitement inférieur d’environ 100 R. dans une école secondaire
ordinaire,
Livingstone High School. Lorsque les étudiants, au nombre de 500,
élevèrent une
protestation contre la mise au ban de la nation de trois professeurs de
Livingstone, le journal «The Voice of the Nation» du 18 octobre
rapporta
l’épisode en ces termes: «Mrs. O. Abrahams, épouse du Prof. Abrahams, a
lancé
un appel aux parents et aux professeurs, les invitant à s’unir pour
lutter
contre une éducation contraire au progrès. Le Prof. N. Alexander a
déclaré que
l’Afrique du Sud n’est pas le premier pays à se servir de l’éducation
pour régler
une crise économique. L’Allemagne en 1933 avait fait de même. Hitler
disait:
«Si on veut dominer un peuple, il faut s’emparer de son système
d’éducation».
Aux environs du 8 juillet 1963, le Prof. Alexander a été arrêté à son
domicile
pour «ses menées subversives » en application de la loi «No‑Trial‑90
days Detention». En fait, le gouvernement veut emprisonner tous les
Africains
conscients et instruits, même s’ils ne jouent pas un rôle politique
actif. Le
Prof. Alexander était très aimé en Allemagne, en Europe et en Afrique
du Sud.
Tous ceux qui s’intéressent sincèrement à l’avenir de l’humanité et
cherchent
une vie meilleure et un avenir plus heureux pour elle, doivent aider
ces jeunes
gens qui luttent pour faire régner la paix, la justice et l’ordre dans
le
monde. Dans le cas présent, il est nécessaire de payer des cautions
pour
obtenir la mise en liberté de ces gens courageux dont nous avons tant
besoin.
Il nous faut donc tous leur venir en aide.
Le
terrorisme dans la république
En
1962, à la liste croissante des mesures fascistes vinrent s’ajouter les
lois
sur le Sabotage et la Censure. Dans The Cape Argus du 12 mai 1962, les
dispositions de ces lois étaient rapportées comme suit:
«Le
sabotage comprend les blessures, les dommages, la destruction, la mise
hors
d’usage ou de service, l’obstruction, l’altération, la pollution, la
contamination ou la mise en danger de:
a)
la
santé ou la sécurité publique;
b)
la
loi et l’ordre;
c)
l’approvisionnement
en eau;
d)
les
provisions ou la distribution de lumière, d’énergie, combustibles,
produits
alimentaires, eau, services sanitaires et médicaux, d’extinction
d’incendie;
e)
les
services ou installations des P.T. ou de radio;
f)
la
libre circulation sur terre, sur mer ou dans les airs;
g)
toute
propriété.
Toute
personne accusée de sabotage est tenue de prouver son innocence; ce
n’est plus
à l’Etat qu’il incombe de prouver sa culpabilité. «Tous les procès
doivent
avoir lieu devant un juge de la Cour Suprême sans jury». (Ibid). En
résumé, le
sabotage, à l’instar de la trahison, est devenu un crime capital.
Vorster peut
gâcher la vie d’un homme sans même le traduire devant aucun tribunal
pour une
inculpation quelconque, le sabotage entraînant au minimum 5 ans de
prison et au
maximum la peine de mort. Un perpétuel état d’alarme règne dans le
pays.
L’horreur, la crainte et la terreur sont partout. A plusieurs reprises,
les
Africains en Afrique du Sud ont été accusés de terrorisme et de racisme
vis‑à‑vis
des Blancs. Mais qui sont donc les terroristes? Des milliers
d’Africains
subissent quotidiennement des violences de la part des agents du
gouvernement,
dans les fermes des Blancs, dans les mines, dans les usines et dans
leurs
foyers. A l’heure actuelle on arrête, on emprisonne et on torture des
centaines
d’entre eux. Voici quelques exemples de terrorisme enregistrés dans un
passé
récent:
1)
les fusillades de Sharpeville et Langa. Soixante‑douze Africains sans
armes furent fauchés par la police dans un massacre qui révolta le
monde
entier;
2)
les événements du 4 avril 1960 lorsque la police sud‑africaine roua de
coups les Noirs: hommes, femmes et enfants qu’ils virent dans les rues
ce jour‑là;
3)
le viol de femmes et de jeunes filles africaines par la police et les
forces
armées dans le Pondoland en 1960;
4)
le passage à tabac d’hommes et de femmes au tribunal du chef Kaiser
Matanzima.
Matanzima, le plus détesté de tous les chefs devait être placé à la
tête du
futur Etat fantoche «indépendant» du Transkei;
5)
la torture de Mangahso Robert Sobukwe et d’autres Noirs en prison.
Sobukwe, âgé
de 38 ans, était le leader du P.A.C. (voir «Black Star» vol. I, n. 1,
mai
1963).
On
pourrait citer des centaines d’autres cas, mais ceux que nous venons
d’énumérer
suffisent pour prouver à quel point les Africains ont besoin d’aide
pour
échapper à la tyrannie afrikander. Bien que le colonel Van der Berg
pense avoir
coupé court à la révolte par l’arrestation de 5.000 meneurs, il y a
cependant
un bien plus grand nombre de facteurs économiques, sociaux, historiques
et
politiques qui occasionneront un bouleversement radical de la société.
Les
Africains ne cèdent pas. Ils n’ont rien à perdre, si ce n’est
peut‑être,
les chaînes et les liens de leur esclavage. Il faut nous engager dans
la lutte
pour empêcher les massacres, les bains de sang, le terrorisme et le
chaos. Les
Africains expriment leur reconnaissance aux pays qui boycottent la
République
Sud‑Africaine. L’Histoire conservera le souvenir de tout ce que nous
aurons fait pour aider à assurer un avenir de paix et de bonnes
relations.
Le
régime de Verwoerd
Là
où le capitalisme doit affronter une crise aiguë, il tend à la
dictature
totalitaire. Mais un régime totalitaire de type fasciste comme celui de
Verwoerd en Afrique du Sud, est en outre très instable. Ce genre de
régime ne
peut avoir qu’une existence temporaire et transitoire. La dictature
ouverte de
Verwoerd est le symptôme même d’une crise sociale intense et profonde.
La
société ne peut supporter en permanence un état de crise et le
«Herrenvolk» ne
peut perpétuer à l’infini les contradictions sociales de sa République
«Des
Blancs».
Tel
un «tigre blessé», la classe dirigeante devient plus désespérée et plus
violente au fur et à mesure que la terreur qu’elle exerce mène à sa
propre
négation. Le «Sabotage Act» et le «Censorship Act» (1962), la «Clause
des 90
jours» (1963) du «décret sur l’amendement de la Loi Générale» ‑ qui
autorise l’emploi de la torture en vue d’obtenir des aveux de la part
des
détenus ‑ l’usage ouvert de la force et le maintien d’une importante
armée improductive, sont tous des signes de la situation précaire et
fatale du
«Herrenvolk» et de son Etat policier.
Avant
l’année prochaine, M. Fouché, le ministre de la Défense, espère mettre
sur pied
une armée de 140.000 hommes. Par l’entraînement obligatoire de la
jeunesse
d’origine européenne, à partir de l’âge de 16 ans et l’obligation au
service de
la défense de tous les hommes blancs valides, ce nombre pourra être
porté à
350.000 dans le cas d’une révolte nationale. En 1962, la République a
dépensé
670.000 D.M., c’est‑à‑dire 67% de plus que l’année précédente pour
la défense et pour d’autres fins militaires. L’année en cours, une
somme plus
considérable encore a été dilapidée: 875.000.000 D.M. Il est de
notoriété
publique que l’Afrique du Sud n’est pas menacée par une guerre
extérieure. En réalité,
Verwoerd se prépare à une lutte à mort en Afrique du Sud même. Le
«Herrenvolk»
a, pour ainsi dire, le doigt sur le pouls de la révolution en marche et
il est
certainement plus conscient de cette réalité que les Africains
eux‑mêmes.
Le «Herrenvolk» tremble devant l’insurrection qui approche chaque jour
davantage. Toute personne qui possède une vue perspicace ne manquera
pas de
constater que cette insurrection pourra bien devenir la lutte la plus
sanglante
pour la liberté, l’égalité, la justice et la paix sur le continent
africain. Il
est tout à fait possible que toutes les horreurs et toutes les cruautés
des
révolutions congolaises, algériennes et angolaises prises ensemble ne
seront
rien en comparaison des massacres à venir. Le peuple opprimé de
l’Afrique du
Sud ‑ blanc et noir ‑ ne peut qu’espérer que tous les pays qui ont
ouvertement condamné le gouvernement Verwoerd, accorderont leur
assistance
active à prévenir ce bain de sang inutile, cette énorme boucherie
humaine,
cette guerre civile qui n’aura peutêtre pas de parallèle dans les
annales du
genre humain.
La
situation nationale
Le
carnage de Sharpville de 1960 et tous les événements qui l’ont suivi
ont été
des heurts d’intérêts entre le capital financier et le «Broederbund».
Le
premier est représenté par la grande bourgeoisie ‑ appuyée par le Parti
National, le Parti Libéral et le Parti Progressiste. Le second est
représenté
par la petite bourgeoisie appuyée par le Parti Nationaliste de
Verwoerd.
L’Afrique du Sud est gouvernée par la petite bourgeoisie, coincée entre
la
bourgeoisie et le prolétariat. C’est une classe instable, hystérique,
sans
principes, exposée aux effets de n’importe quelle propagande mensongère
du fait
de sa position bâtarde au sein de la société sudafricaine. Nous nous
trouvons
donc en face d’une grande bourgeoisie qui n’est représentée que par une
minorité dans son propre parlement. Même les Afrikanders sont divisés
par des
intérêts de classe. Verwoerd lui‑même ne représente pas à proprement
parler la voix de l’ensemble de son propre parti. Son principal appui
lui vient
de la section du «Broederbund» du Parti Nationaliste. Mais le Parti dit
Unifié
tend également à le soutenir depuis quelque temps. Les membres du
«Broederbund»
sont les représentants dévoués et fanatiques de l’apartheid, de la
ségrégation,
de la discrimination raciale et du système des «Bantoustans».
En
général, le progrès et la puissance de l’économie d’un pays peuvent
être,
mesurés par l’accroissement de son revenu national. On compte
aujourd’hui trois
industries principales en Afrique du Sud: l’agriculture, les mines et
l’industrie des produits manufacturés. Les autres industries
secondaires
dépendent d’une manière ou d’une autre de ces trois industries‑clefs.
Toutefois, l’industrie des produits manufacturés contribue plus au
revenu
national que les autres prises ensemble. Depuis peu de temps, ce
secteur de
l’industrie est en déficit pour ce qui est du bilan du commerce
extérieur. Cela
est dû à la situation intérieure, aussi bien politique, sociale et
économique
qu’au boycott extérieur des marchandises et du commerce sud‑africains.
A
l’intérieur du pays, l’industrie des produits manufacturés produit le
revenu
national qui est monopolisé et exproprié par les Blancs et notamment
pour
couvrir les charges très élevées des honoraires ministériels, du
renforcement
de l’apartheid, de la constitution et du maintien des «Bantoustans»
ainsi que
d’une armée et d’une marine très nombreuses. Les résultats nets et les
conséquences indiscutables de cet état de choses, c’est que les
15.000.000
d’Africains ‑ qui supportent toute l’économie du pays ‑ sont
exploités, opprimés, objets de la répression et victimes de la
dépression,
chaque jour plus drastiquement traités, c’est que la politique de
l’apartheid
devient une affaire de plus en plus coûteuse et plus outrancière qui
vide
littéralement les caisses de l’Etat, c’est que le capitalisme étranger
refuse
d’investir des capitaux dans un pays qui est sur le seuil d’une guerre
civile.
Mais ce pays cherche précisément à se libérer des maux du
néocolonialisme et de
l’impérialisme à son stade ultime qui lui, a fait son entrée sur la
scène
africaine «dégouttant de sang et de boue de la tête aux pieds».
Bientôt,
l’Afrique du Sud aura à faire face à la banqueroute.
Le
Waterloo de Verwoerd
Etant
donné que 50% de la main‑d’oeuvre de l’industrie des mines d’or
provient
du Mozambique, du Nyassaland, du Swaziland, du Basoutoland, du
Tanganyika, de
la Rhodésie du Sud et en partie même du Bechouanaland et de l’Angola,
il
devient évident que la perte de cette main‑d’oeuvre à bon marché
signifierait le commencement de la fin, le «Waterloo» de Verwoerd. Un
Etat
africain après l’autre rejette les chaînes du néo‑colonialisme. Les
puissantes vagues révolutionnaires de la liberté en Afrique viennent
déjà se
briser aux frontières de la République des Blancs d’Afrique du Sud qui
est
bordée à l’Ouest, au Sud, et à l’Est par les immenses Océans Atlantique
et
Indien. On peut dire sans doute «que seul ce qui est le plus adapté, le
plus en
accord avec les exigences et les tendances du vingtième siècle, peut et
doit
survivre». Par la révolte dans l’Angola et le Mozambique contre
l’ultra‑colonialisme
portugais, le danger que court le «Herrenvolk» est devenu une réalité
palpable.
La débâcle de l’économie nationale sera le coup de grâce pour
l’idéologie du
«Herrenvolk», de l’apartheid et du «baasskap» (1).
La
démocratie, comprise dans son sens véritable, poussée jusqu’à sa
conclusion
logique, décidera alors de l’ordre du jour.
Et
toutefois, les récentes arrestations en masse de plus de 6.000 leaders
et
membres dirigeants des différentes organisations démocratiques et
socialistes
du peuple ‑ N.E.U.M., P.A.C., A.N.C., etc. ‑ dans l’Afrique du Sud
opprimée, ont représenté un coup très dur contre le Mouvement de la
Résistance.
Les Africains ont à faire face maintenant à un Etat fasciste organisé,
disposant d’une machine d’Etat d’oppression et d’exploitation bien
huilée,
construite depuis des années, ses laquais n’ayant rien omis pour en
assurer la
plus grande efficacité possible. Le «Herrenvolk» dispose d’un système
de
propagande efficace ‑ la presse, la radio et les églises du culte du
«Herrenvolk», de l’armée et de la marine. Les Africains, de leur côté,
sont
encore en train de mettre sur pied une machine de libération plus
précise, plus
efficace et plus pratique en se basant sur les masses opprimées de
l’Afrique du
Sud privées d’une représentation nationale. Verwoerd et ses fidèles
apôtres ‑
les ministres de son cabinet ‑ ont bien vu cette épée de Damoclès
au‑dessus
de leur tête. Et la preuve en est que M. Vorster a été obligé de
frapper un
coup aussi brutal en juillet de cette année en brusquant même l’opinion
publique mondiale.
Les
victimes de la loi sur le sabotage et de la détention préventive de 90
jours
Parmi
les «Combattants de la Liberté», comme le Président Julius Nyerere a
appelé les
«rebelles» d’Afrique du Sud, lots d’une récente interview, se trouvent:
le Dr.
Neville E. Alexander, le Dr. K.G. Abrahams, Mlle Elisabeth van der
Heyden, M.
Moosa Moolla et M. Elijah Loza ainsi que M. Walter Sisulu dont
l’arrestation a
provoqué des manifestations de sympathie de la part de milliers
d’étrangers,
qui ont ainsi voulu exprimer leur dégoût contre ces actions contraires
aux
Droits de l’Homme. Le Dr. Alexander est le premier Sud‑Africain à avoir
reçu une bourse de la fondation «Alexander von Humboldt» pour ses
résultats
extraordinaires dans le domaine de la recherche scientifique. Il a pu
ainsi
poursuivre sa carrière universitaire en Allemagne après l’obtention de
son
diplôme. Il avait obtenu le titre de Maître ès Sciences avec mention à
l’Université de la Cité du Cap. En 1961, il avait obtenu le diplôme de
docteur
en littérature allemande à l’Université de Tübingen. Il a refusé un
poste de
Professeur enseignant au «Bush College» pour gens de couleur à
l’Université de
la Cité du Cap en déclarant qu’il ne pouvait souffrir la politique de
discrimination raciale et le système d’éducation du Gouvernement du
«Herrenvolk». Le 13 juillet, il a été arrêté pour «activités
subversives» en
vertu de la «Clause des 90 jours de détention préventive sans procès »
et n’a
pas été relâché depuis.
Le
Dr. Abrahams avait également obtenu le diplôme de docteur en médecine
avec
mention à l’Université de la Cité du Cap. Il avait été membre actif de
nombreuses organisations démocratiques d’Afrique du Sud et du Sud‑Ouest
en défendant les droits fondamentaux du peuple. A la mi‑juillet, il
quitta la Cité du Cap pour Rehobotha en Afrique du Sud‑Ouest, pour y
exercer la médecine comme seul médecin des 30.000 habitants africains
de ce
district. Après l’invasion de sa maison paternelle dans la Cité du Cap,
le
Gouvernement déclara par la voie de la presse qu’il devait être arrêté
en vertu
de la loi sur la Suppression des Activités Communistes. Le Conseil du
district
de Rehobotha refusa de le livrer à la police en précisant qu’il était
le seul
médecin de cette région et qu’on y était content de ses services. Le
Gouvernement craignant une révolte retira son ordre d’arrestation. Le
Dr. Abrahams
sachant que cette mesure gouvernementale n’était destinée qu’à gagner
du temps
et ne représentait qu’une supercherie en vue de faciliter sa capture
illégale,
s’enfuit avec sa femme et ses deux enfants en compagnie de trois autres
personnes de couleur dans le protectorat britannique du Bechouanaland.
Le 11
août bien qu’ayant obtenu une autorisation de séjour de la police
locale, il a
été prélevé par une patrouille armée de la police sud‑africaine à 100
km
environ à l’intérieur des frontières du protectorat britannique du
Bechouanaland. La police sud‑africaine l’a amené devant le magistrat
instructeur du district de Gobabis en Afrique du Sud‑Ouest et l’a fait
inculper. Ensuite, le Dr. Abrahams a été transporté par un avion
militaire sud‑africain
à la Cité du Cap où il a été enfermé. Le chef de la police
sud‑africaine
nie naturellement cet enlèvement illégal malgré les preuves apportées
par Mme
Abrahams, par les avocats du Dr. Abrahams lui‑même et par d’autres
témoins encore. La police prétend, contrairement à la vérité, que le
Dr.
Abrahams a été arrêté par une patrouille de la police sud‑africaine
dans
le district de Gobabis. Il s’agit naturellement d’un de ces grossiers
mensonges
dont le Gouvernement de Verwoerd a l’habitude.
Mlle
Ehsabeth van den Heyden a été arrêtée dans le but de la forcer à
témoigner
contre le Dr. Alexander. Elle non plus n’est pas revenue depuis. Bien
que cette
loi sur la détention préventive sans procès soit limitée à 90 jours de
détention, cette période peut être prolongée arbitrairement à l’infini,
comme
le déclarait cyniquement M. Vorster: «jusqu’à l’éternité au cours de
cette
existence». Des cas typiques à ce sujet sont ceux de M. Moolla et de M.
Loza.
La détention du premier a été prolongée mais il a réussi à s’évader le
11 août,
en compagnie de trois autres leaders du quartier général de la police
de
Johannesburg.
Jusqu’à
présent, ils n’ont pas été repris. Le Gouvernement a interdit toute
publication
relative à de nouvelles arrestations ou au sujet des conditions de la
détention
des prisonniers. Vingt‑trois des 53 Africains inculpés devant la cour
de
Kokstad ont été condamnés à mort. Dans ce cas également, la police a
nié les
déclarations des accusés quant aux tortures et aux mauvais traitements
divers
qui leur furent infligés par le moyen de décharges électriques dans le
but de
leur extorquer des aveux de culpabilité. Après la fuite des quatre
Africains
des geôles de Johannesburg, leurs femmes ont été arrêtées par la police
pour
exercer sur elles des représailles. De ces femmes arrêtées et détenues,
une
était enceinte et a dû être relâchée et renvoyée chez elle quelques
heures plus
tard. A nouveau, les autorités de police de Verwoerd nient ces faits.
Qui donc
aimerait habiter dans un pays semblable? Quel espoir, quel avenir,
quelle paix
pourraient trouver les jeunes, les vieux et les enfants dans un tel
régime de
terreur fasciste appliquant les mesures nazies comme instrument
d’autorité?
Qui
sont les terroristes en Afrique du Sud?
La
machine à propagande du Gouvernement du «Herrenvolk» répand l’horrible
image de
sauvages sanguinaires qui ont l’intention de couper les Blancs en
petits
morceaux et de jeter à la mer ceux qui restent. Le public soumis à ce
lavage de
cerveau devient victime de l’angoisse et d’une peur malsaine, acceptant
ensuite
sans critique aucune n’importe quel bobard publicitaire. En attendant,
des
milliers et des milliers d’Africains de l’Afrique du Sud et du
Sud‑Ouest
sont soumis jour et nuit à l’arbitraire et aux chicanes des espions
gouvernementaux, des Quislings de toute espèce, des agents doubles et
des
sbirres de la police de Verwoerd, dans les fermes appartenant aux
Blancs, dans
les mines et dans les palais du «Herrenvolk» où ils sont obligés de
trimer
comme des esclaves.
Les
actes de terreur dont la description suit ne sont que quelques‑unes des
Manifestations de la sauvagerie ignoble de la «Terreur Blanche» régnant
en
Afrique du Sud.
1)
Le carnage de 72 Africains au mois de mars 1960 par les mitrailleuses
de la
police du «Herrenvolk».
2)
Les événements du 4 avril 1960 lorsque les forces de police de Verwoerd
lynchèrent tous les hommes, femmes et enfants rencontrés ce jour‑là
dans
les rues. Le «progrom» dit «Mata Todos» déclanché à l’occasion du début
de la
révolution angolaise à la date du 5 février 1961, a pris exemple chez
Verwoerd.
3)
Le viol des femmes et des jeunes Africaines en 1960 par les forces de
police et
de l’armée stationnées dans le Ponsoland. N’est‑il pas curieux de
constater où mène la politique de l’apartheid et de la ségrégation?
4) Le
lynchage de femmes africaines dans le «Bushcourt» de Matanzima.
Matanzima est
appelé à prendre la tête du soi‑disant «Gouvernement Indépendant» de la
réserve du Transkei, constituée à la suite de transactions frauduleuses.
5)
L’incendie criminel des habitations des opposants au Gouvernement de
l’Afrique
du Sud par Matanzima en 1960. En juillet 1961, ce même Quisling donna
l’ordre
d’incendier 16 habitations dans le district de «Lady Irène» . Les
paysans
frappés de cette mesure furent laissés sans toit ni nourriture.
6)
Tortures et sévices divers infligés au leader du P.A.C., Mangaliso
Robert
Sobukwe par les autorités pénitencières (voir «Black Star» de mai 1963,
p. 2).
Si
les Africains sont forcés de se défendre et d’employer eux aussi des
méthodes
de lutte pour faire face à la terreur de Verwoerd, comment les en
blâmer?
Quiconque vit en Afrique du Sud et est sincèrement désireux de mettre
fin aux
maux qui affligent ce pauvre pays, peut témoigner et indiquer les
véritables
initiateurs du terrorisme qui sévit dans ce malheureux pays. Mais
personne ne
pourra toujours accuser les masses opprimées, trimant et suant, les
milliers et
millions d’esclaves noirs, d’être à l’origine de la terreur ou d’être
des
terroristes par nature. Bien au contraire, les Africains reconnaissent
que les
3.500.000 de Blancs sont nés et ont été élevés en Afrique et que leurs
ancêtres
y ont vécu depuis trois siècles au moins et qu’ils n’ont nul autre
endroit où
aller. Mais ces mêmes Africains savent aussi que ce qu’ils abhorrent
chez les
«Européens» ce sont leurs méthodes d’exploitation inhumaines et leur
système
d’oppression. Ils n’oublient pas, par ailleurs, les centaines
d’Européens de
l’Afrique du Sud qui les aident à se frayer un chemin vers l’Egalité,
la Paix
et l’Unité. Ils ont besoin des Européens pour l’édification future
d’une
Afrique libre mais ces mêmes Européens doivent aussi accepter de vivre
comme
des «Africains», c’est‑à‑dire comme des citoyens d’une «Afrique
Unie» où chaque individu jouira des mêmes droits et pourra ainsi
apporter sa
contribution au bien‑être, à l’avenir et au progrès du genre humain
dans
son ensemble. Verwoerd et son espèce n’ont pas de place en Afrique! Ils
doivent
changer ou aller vers leur propre destruction! L’idéologie du
«Herrenvolk» a
ses heures comptées en Afrique!